Recherche des professeurs

Sabrina Doyon

Dans cette nouvelle rubrique visant à rendre visible la recherche  qui se fait au département, les professeurs ont l'occasion, à tour de rôle, de nous parler de manière informelle de leurs travaux actuels. Sabrina Doyon a bien voulu accepter de se prêter au jeu la première.

Sabrina Doyon au Mexique La construction sociale de l’espace dans la réserve de biosphère de Celestún, Yucatan, Mexique

Ma recherche sur la construction sociale de l’espace et de l’environnement a débuté officiellement lors de l’obtention de ma subvention du CRSH au printemps 2008. Toutefois, elle était déjà en développement depuis quelques années. Je m’interrogeais alors sur la manière dont les différentes personnes présentes dans un environnement donné pouvaient percevoir ce qui les entoure et y vivre des expériences différentes selon leur place dans la société, leurs activités économiques, leurs liens avec les dirigeants et décideurs, et selon la profondeur historique de leur lien avec l’environnement.

Dans un contexte où l’on observe une imposition des principes de l’environnementalisme, du développement et de la Sabrina Doyon au Mexiqueconservation environnementale dans divers contextes concrets, comment les acteurs locaux vivent ces nouveaux discours et les pratiques qui doivent en principe les accompagner? Est-ce que tous les acteurs qui participent à la construction de l’environnement par leurs pratiques et leurs activités en ont les mêmes cartes mentales, les mêmes perceptions, les mêmes cadres interprétatifs? Comment ces différentes expériences de l’environnement et les intérêts variés que les individus peuvent avoir dans un contexte précis peuvent influencer les pratiques et les perceptions de l’environnement? Quelles sont les différentes visions de l’environnement que les acteurs peuvent avoir? Comment se construit l’espace environnemental dans ce contexte? Quels sont les enjeux liés à ce processus? Comment les acteurs mettent de l’avant leur capacité d’agir dans ce contexte? Comment interprètent-ils les actions et les discours de chacun? Comment peuvent être instrumentalisés les principes et les discours de la conservation, du développement et de l’environnementalisme? Est-ce que la participation développe un sentiment d’appartenance et une volonté de conservation environnementale? Sont-ce des intérêts venus d’ailleurs qui ne tiennent pas compte des réalités locales? Quelles sont les implications de ces changements sur les inégalités sociales et économiques ainsi que les rapports de pouvoir?

Sabrina Doyon au MexiqueLes questions se révèlent être plus nombreuses à chaque jour, mais toujours plus stimulantes, et surtout importantes pour comprendre ce qui se passe « sur le terrain ». Pour tenter de répondre à ces questions, nous nous sommes mis à la tâche dans les réserves de biosphère de Río Lagartos et de Celestún. Ces environnements côtiers sont particulièrement intéressants et stimulants; ils sont révélateurs de transformations sociopolitiques plus larges et ils nous permettent d’aborder une multitude de dynamiques sociales, où les implications de la mondialisation se dévoilent sous des jours souvent surprenants.

C’est dans la région de Celestún que nous avons travaillé à l’été 2009. Je dis nous bien sûr car je ne suis pas seule Sabrina Doyon au Mexiquedans cette aventure, et des précieux collaborateurs m’accompagnent, et sans qui cette recherche ne pourrait être complète : Catherine Sabinot, postdoctorante, ainsi que Catherine Leblanc, Andreanne Guindon et Pierre-Alexandre Paquet, étudiants à la maîtrise. Ce travail collaboratif a d’ailleurs été l’un des éléments parmi les plus stimulants et enrichissants de cette recherche.

Sabrina Doyon au MexiqueCelestún est une petite ville très intéressante. Son développement a tourné autour de la pêche, et elle connaît aujourd’hui un essor du tourisme, se déployant sous différentes formes. La pêche se trouve aujourd’hui à un carrefour, aux prises avec des problèmes de captures et de diminution des stocks. On retrouve aussi des pratiques d’exploitations artisanales du sel, inspirée des « antiguos mayas », comme on nous l’a souvent répété au cours de notre recherche.

Celestún est aussi le cœur de la réserve de biosphère de Celestún, une organisation reconnue par l’Unesco dans leSabrina Doyon cadre du programme « Man and Biosphere ». Cela en a fait un village souvent pris comme exemple dans les programmes et les organisations environnementales ainsi que dans les programmes de développement. Sur place, de nombreuses ONG nationales et internationales s’y sont d’ailleurs installées.

Mais comment tous ces intérêts entrent en jeu? Que pensent et que vivent les habitants de Celestún et de Isla Arena, l’autre village faisant partie de la réserve de Celestún?

C’est ce que nous tentons de voir dans cette partie de la recherche. En effet, nous en sommes à l’analyse des Sabrina Doyon au Mexiquedonnées recueillies cet été, contenant 103 entrevues, et des centaines de pages de notes d’observation. Nous avons aussi filmé quelques images avec lesquelles nous souhaitons composer des mini-documentaires. Les données ont été recueillies sur la base de schémas qui avaient été élaborés et testés lors d’enquêtes de terrain précédentes. Nous cherchons présentement à intégrer toutes ces données, les mettre à plat et les croiser à l’aide d’un logiciel de traitement de données qualitatives… Nous en sommes donc à construire un monstre, qui je l’espère sera amadoué dans les prochains mois, des publications et d’autres projets de recherche nous attendent!

Ces recherches font émerger encore davantage de questions et de points de comparaison avec mes autres recherches en cours et prévues, portant entre autres sur l’agriculture et la pêche au Québec… à suivre…

Ses publications récentes

 

 

 

 

 

 
Récolte du sel à Célestún,Yucatán, 2009
 

Dans ce court montage nous pouvons voir quelques moments d’une journée de collecte du sel à Celestún, une des activités importantes de ce village de pêcheurs du Yucatan au Mexique. Nous y voyons d’abord Don Luis, dit la Liseta, qui nous conduit jusqu’à ses charcos, les bassins de sel, à bord de sa vieille camionnette. Nous voyons ensuite des paludiers travaillant pour Don Luis, ainsi que son petit-fils Adrian travaillant aussi « dans le sel ». Dans cet extrait, l’un d’eux nous explique une partie du déroulement d’une journée dans les bassins.