Événements

Retours de terrain - Six étudiantes et étudiants en anthropologie témoignent de leurs expériences

Adrien Savolle (maîtrise)

D’une étude des cérémonies de mariage contemporain à Pékin à celle d’albums photo: comment mon terrain a modifié ma recherche

Après avoir présenté ma préparation en vue du terrain, je m’attarderai sur les expériences vécues lors de mon enquête proprement dite. Je suivrai un ordre chronologique, en commençant par mes démarches visant à intégrer le réseau marchand organisant les cérémonies de mariage pour ensuite aborder les difficultés auxquelles j’ai été confronté, notamment d’ordre méthodologique et matériel. Ces difficultés m’ont permis de faire des découvertes qui étaient apriori sans lien avec mon sujet d’étude (masque antipollution utilisé comme accessoire de mode, tensions envers les ruraux, etc.), et qui ont pourtant joué un rôle non négligeable pour mon mémoire. En effet, cela m’a permis de me constituer un réseau social sans m’en rendre compte, lequel me fut fort utile lorsque mon sujet se réorienta. Après avoir expliqué le déclencheur principal de ce changement, j’insisterai sur le caractère itératif de mon mémoire en construction, mais également sur le fait que c’est de ce terrain qu’a émergé mon projet de doctorat. Je conclurai sur l’exigence de réadaptation, nécessaire une fois de retour au Québec.

Émilie El-Khoury (doctorat)

Faire des récits de vie dans des environnements minés et difficiles : le cas d'un terrain doctoral multi-situé (Belgique, Liban et Canada)

Mon exposé portera sur les enjeux méthodologiques et les difficultés particulières rencontrées lors de mon terrain multisitué qui se déroulait sur trois villes : Beyrouth, Bruxelles, et Montréal. J’ai réalisé des entrevues qualitatives sous forme de récits de vie auprès de femmes de toutes obédiences musulmanes. Ces entrevues portaient sur leurs expériences subjectives (vécus) et leurs représentations au sujet de la radicalisation violente et, plus particulièrement, sur la radicalisation au nom de Daesh (ISIS). Du printemps 2017 à l’hiver 2017, ma recherche doctorale m'a amenée à rencontrer, entre autres, des mères de combattant(e)s de Daesh bruxellois(es) et des sœurs ou des femmes des martyrs du Hezbollah décédés en Syrie. Ensuite, j'exposerai ma posture réflexive intersubjective de chercheuse sur mon terrain qui était, à mon sens, difficile et fortement chargé émotionnellement. Mon expérience sera mise en relief à travers des cas précis rencontrés à Beyrouth et Bruxelles.

Lucas Aguenier (maîtrise)

Mener une recherche dans la résistance : le chercheur comme « ennemi intérieur » malgré lui ou « porte-voix » ?

Le 1er janvier 1994, à l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), ce sont des milliers de paysans indiens de l’Ejército Zapatista de Liberación Nacional (EZLN) qui ont pris les armes pour s’opposer publiquement au gouvernement du Mexique. Après presque 25 ans de résistance acharnée, le mouvement est aujourd’hui loin d’être aussi rassembleur que lors des premiers instants du zapatisme. Menant ma recherche dans la municipalité de Chenalhó, dans la région des Hautes-Terres du Chiapas, avec des groupes aujourd’hui en rupture avec le mouvement principal, j’ai cherché à comprendre ce qui avait pu motiver ces groupes à sortir, bien souvent malgré eux, de « la résistance ». Si, depuis 2007, les zapatistes et leurs alliés ont pris la décision de se fermer à toute recherche universitaire, les groupes dissidents sont quant à eux en quête de « légitimité politique », où le chercheur devient alors un « porte-voix » évident. Entre « mise en scène » de la résistance et imaginaires sociaux entourant le monde de la recherche universitaire, je discuterai comment les représentations des participants sur ma recherche ont très largement défini les contours de mon ethnographie.

Mikaël Scattolin (maîtrise)

Quand L’Autre est Nous, sommes-nous l’Autre ?

Lieux de jeux pour les enfants, espace de vie communautaire, mais parfois également source d’insécurité et de conflit, les ruelles constituent ce que Martin (1996) décrit comme les coulisses d’un voisinage. La création de ruelles vertes dans le quartier de Limoilou, dans la ville de Québec, permet ainsi de questionner la réappropriation de l’espace urbain et les représentations qui y sont associées. Elle permet également au chercheur de se questionner sur la distance critique nécessaire à un terrain anthropologique. Si traditionnellement l’anthropologie nous pousse à aller « chez l’Autre », comment faire lorsque cet Autre habite chez nous ? Est-ce plus facile parce que l’on partage un même bagage culturel et que l’on parle la même langue ? Par différents exemples, la communication s’attardera ainsi à mettre en lumière différentes stratégies pour faire de l’anthropologie « chez soi ».    

Marie-Eve Paquet (maîtrise)

« Suma qamana » ou danser dans les Andes : ethnographie urbaine du « Vivir Bien » à travers les manifestations culturelles et artistiques à La Paz et El Alto

En 2005, Evo Morales, autochtone de la nation aymara, est élu président de la Bolivie. Cet événement d’envergure entraina plusieurs réformes, notamment la rédaction d’une nouvelle constitution qui intègre pour la première fois le concept philosophique du Vivir Bien. Si cette thématique a fait couler beaucoup d’encre ces dernières années, la mise en pratique du Vivir Bien par les autochtones vivant en milieu urbain reste peu abordée dans les écrits scientifiques. C’est donc ce que j’ai exploré dans le cadre de ma recherche de maîtrise réalisée à l’été 2017 dans les villes de La Paz et d’El Alto. Je me suis intéressée aux différents imaginaires et pratiques entourant ce concept. Pour mener à bien mon projet, j’ai employé diverses techniques de collectes de données, dont l’observation participante. J’ai notamment participé comme danseuse à l’un des plus grands carnavals du pays. Non seulement mon implication dans un groupe de danse aura permis de nouvelles amitiés, mais elle aura ouvert des possibilités inattendues dans le cadre de mon projet de recherche.

Jean-Daniel Vachon (maîtrise)

Voyage en terre karen : embuches et obstacles d'un travail de terrain dans une région frontalière habitée par des réfugiés

Depuis la tenue d'élections libres à l'automne 2015, la Birmanie s'est engagée, aux yeux de la communauté internationale, sur la voie de la démocratisation, entrainant des coupures dans l'aide humanitaire portée aux réfugiés karens vivant en Thaïlande. Souhaitant étudier les modifications que ces réfugiés apportent à leurs stratégies de subsistance pour s'adapter à cette nouvelle situation, j'ai réalisé un travail de terrain de 4 mois en Thaïlande à l'été 2017 dans la région frontalière avec la Birmanie. En plus de l'inévitable barrière linguistique, qui, à elle seule, a amené son lot de complications, j'ai aussi dû apprendre à négocier les dispositifs de surveillance et de sécurité impliqués par la présence d'une frontière poreuse et de camps de réfugiés à l'accès restreint. C'est grâce à des apprentissages accidentels, des rencontres fortuites et la précieuse aide — pas toujours sans problèmes — d'interprètes que j'ai réussi à mener à bien mon expérience de terrain.


Bienvenue à toutes et à tous!

 

Date et heure
Mercredi 14 mars 2018 à 12 h 30

Lieu
Pavillon Charles-De Koninck, salle 2151