Événements

Retours de terrain

Six étudiantes et étudiants en anthropologie témoignent de leurs expériences :

Sylvie Bodineau, doctorat
Exercices de réflexivité dans un contexte humanitaire postcolonial

Je commencerai cette présentation par une énonciation de mes questions de recherche autour de la praxis des droits de l’enfant en République démocratique du Congo, sur le cas de la protection des enfants soldats en contexte humanitaire. Je présenterai ensuite le terrain choisi pour cette recherche, ainsi que les éléments méthodologiques mis en œuvre pour appréhender ces questions. Après cette introduction, j'aborderai un certain nombre de mes activités ethnographiques récentes, et, plus particulièrement, la manière dont les interactions engendrées par ma présence dans le milieu, ont pu constituer des éléments de connaissance centraux mettant en perspective les données plus informatives issues d’entrevues et de documentation. Plusieurs situations concrètes seront présentées ainsi que les différentes réflexions et « découvertes » qu’elles ont permis.

Catherine Morin Boulais, doctorat
Enjeux de pouvoir liés à la collecte de données avec des hauts dirigeants : exemple du domaine minier abitibien

Dans le cadre de ma recherche doctorale sur la construction de l’espace minier en Abitibi, j’ai effectué un terrain multisite nécessitant la rencontre d’une variété d’acteurs : compagnies minières, ministères, lobbys, groupes environnementaux, comités de vigilance, résidents de l’Abitibi, etc. Dans cette présentation, je me concentrerai sur mes relations avec les hauts dirigeants du domaine minier pour faire ressortir les enjeux de pouvoir spécifiques qui les ont imprégnés. Je montrerai qu’une vigilance accrue a été nécessaire dans mes interactions avec les participants envers qui j’ai ressenti de l’empathie, notamment en raison du risque de récupération. Je soutiendrai, par ailleurs, que l’ouverture dont ont fait preuve les compagnies minières ayant accepté de me faire visiter leurs installations n’était pas désintéressée et faisait partie d’une stratégie visant entre autres à redorer leur image.

François-Xavier Cyr, maîtrise
Projet d’aire protégée de la Nation huronne-wendat : terrain à la jonction de la bureaucratie québécoise et d’une nation autochtone

Il est établi dans notre discipline que de travailler dans un contexte autochtone présente d’intéressants défis pour l’anthropologue. Lorsque les acteurs avec qui interagit l’anthropologue sont eux-mêmes des chercheuses et des chercheurs ainsi que des scientifiques, les défis posés par le monde autochtone s’additionnent à ceux du monde des experts et des institutions. Enfin, le terrain se complexifie davantage lorsque l’objet de la recherche est un projet, une aspiration intangible perceptible dans les actions posées par différents acteurs, tous liés par ce projet particulier, mais pas nécessairement par un lieu physique ou une appartenance quelconque. Mon terrain de recherche, effectué dans le cadre de ma maîtrise, s’est construit à la jonction de ces contingences. Dans cette présentation, il sera question des défis soulevés par cette forme de terrain, des façons par lesquelles j’ai réussi (ou pas) à les relever, et des questions méthodologiques que pose ce type de recherche de plus en plus courant en anthropologie. 

Mélanie Picard, maîtrise
L’expérience d’un terrain dit sensible, en Colombie

Comment les femmes déplacées afro-colombiennes ont-elles vécu le déplacement et de quelle façon ce dernier a-t-il transformé leurs conditions selon elles? Le choix du terrain, du pays choisi, vient avec certaines implications. Travailler en Colombie signifie de faire face à un terrain dit sensible, tant sur le plan de l’éthique que de la sécurité. Différentes précautions sont donc à prendre, autant pour la chercheure que pour les informatrices ayant participé à la recherche. Afin d’entrer en contact avec les femmes, je devais le faire à travers un organisme qui traite des questions des déplacées sur place. Au niveau de la sécurité, il était important, par exemple, de ne jamais prendre la même route pour se rendre à l’endroit où les entrevues avaient lieu. Au niveau éthique, il faut rendre anonyme le nom des informatrices ainsi que le nom du quartier où j’ai conduit ma recherche. 

Servane Roupnel, maîtrise
Syndrome de stress post-traumatique : rencontre de militaires et anciens militaires français

Ma recherche porte sur l’expérience et l’impact du diagnostic du syndrome de stress post-traumatique (SSPT) chez les militaires français. J’ai donc effectué mon terrain en France, lors de l’été 2015, afin de rencontrer 12 membres de l’armée française qui ont accepté de me faire part de leur expérience. Mon terrain m’a permis d’être confronté à divers enjeux propres au métier de chercheur. Tout d’abord, j’ai dû adapter plusieurs de mes méthodes, que ce soit au niveau de mon recrutement ou de l’organisation de mes entrevues. Ensuite, s’est posée la question de la gestion des temps d’attente, propres à mon sujet d’étude qu’est l’armée, ainsi qu’à la recherche. Enfin, le passage de la théorie à la pratique où j’ai rencontré des personnes au parcours de vie difficile et qui sont dans l’expectative de résultats. 

Séraphin Guy Balla Ndegue, doctorat
Terrain miné : dilemmes ethnographiques et épistémologiques d’un chercheur camerounais dans sa communauté d’origine

L’idéologie du développement et ses caravanes d’aide ont habitué les populations camerounaises à des interactions avec différents types d’experts, y compris des anthropologues, en prélude à des initiatives dites de changement. Les populations sont interrogées à propos de leurs problèmes, avec la promesse d’une vie meilleure. Leurs discours sonnent alors comme des « prêts-à-prononcer » pour susciter l’empathie. Elles sont également habituées à voir les intervenants locaux agir comme auxiliaires auprès des expatriés. Dans ce contexte, il devient délicat, en tant que natif, de se présenter comme un « chercheur » ayant des préoccupations purement scientifiques pour soi-même et sans agenda caché.  À partir de notre expérience ethnographique à Yaoundé pour comprendre les pratiques de guérison dans les assemblées pentecôtistes, la présente communication aborde les enjeux éthiques que suscite la méfiance dont un chercheur peut faire l’objet dans sa communauté d’origine.

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Date et heure
Mercredi 16 mars 2016 de 12 h 30 à 15 h 30

Lieu
Pavillon De Sève, local 1121