Professeurs

Pierre MARANDA (1930-2015) (1997) professeur émérite

Pierre Maranda, professeur émérite
Département d'anthropologie
Université Laval

Visionnez son entrevue dans la série Les Possédés et leurs mondes.

Fonds Pierre Maranda
Collection Portrait d'anthropologues québécois - Trois entretiens avec Pierre Maranda - 1996
Les Lau de Malaita
Les classiques des sciences sociales - UQAC 

Pierre Maranda et Julie Payette, astronaute
lors de la remise de l'Ordre du Canada en 2011

Membre de l'Ordre du Canada 2011 

Le professeur Pierre Maranda est anthropologue, diplômé de l'Université Laval, de l'Université de Montréal et de l'Université Harvard (Cambridge). Directeur de la recherche au Laboratory of Social Relations de cette prestigieuse université américaine, il assume au même moment les tâches de directeur d'études à l'École pratique des hautes études à Paris. En 1969, il est professeur à l'Université de la Colombie-Britannique. C'est déjà couvert d'honneurs qu'il revient à l'Université Laval, en 1975, à titre de professeur au Département d'anthropologie de la Faculté des sciences sociales.

Spécialiste du structuralisme, de la méthodologie et de la sémiotique, le professeur Maranda poursuit d'importantes recherches sur le peuple des Lau de Malaïta en Mélanésie. En collaboration avec des chercheurs de tous les coins du monde, il prépare actuellement une Encyclopédie culturelle de la Mélanésie.

Le professeur Maranda a constamment renouvelé les approches conceptuelles de sa science et en a également renouvelé les outils. C'est ainsi qu'il a conçu, au cours des dernières années, deux logiciels de recherche permettant l'analyse de contenu et de discours au moyen des chaînes de Markow.

Auteur d'au-delà de 100 publications, le professeur Pierre Maranda est membre de plusieurs comités de rédaction d'importantes revues scientifiques, tant au Québec, au Canada qu'à l'étranger.

La carrière universitaire du professeur Maranda a connu et connaît toujours un rayonnement tout à fait hors du commun. Professeur invité des plus prestigieuses universités, International Career Advisor de l'Université Harvard, Fellow de l'Académie des sciences sociales et humaines de la Société royale du Canada, médaillé du Collège de France, titulaire d'un doctorat honorifique de l'Université Memorial de Terre-Neuve, le professeur Maranda a  mérité la reconnaissance et le respect de toute la communauté internationale. Président de la Société canadienne de sociologie et d'anthropologie ainsi que de la Société canadienne d'ethnologie, il est aussi membre du Conseil du Canadian Institute for Advanced Research. Le professeur Pierre Maranda est un anthropologue de réputation mondiale. Son apport à l'enrichissement des connaissances en sciences de l'Homme se révèle incommensurable.

Prix Molson du conseil des arts
par Renée Larochelle, Le Fil, 13 février 1997

Professeur retraité du Département d'anthropologie, Pierre Maranda a mérité récemment le Prix Molson 1996 en sciences humaines du Conseil des arts du Canada. Tous les deux ans, le Conseil des Arts du Canada décerne deux Prix Molson d'une valeur de 50 000$ à des personnalités canadiennes du monde des arts et des sciences humaines, pour leur l'exceptionnelle contribution à la vie culturelle et intellectuelle.

Dans sa citation, le jury a mis en évidence la carrière remarquable de Pierre Maranda, caractérisée par la grande diversité des champs d'intérêt et la nature extrêmement novatrice des approches conceptuelles. Le jury a notamment fait valoir les qualités de professeur et de communicateur hors pair de l'anthropologue, dont les conférences et les publications ont contribué à la diffusion et à l'application des résultats de ses recherches, et ce, à travers le monde entier.

La feuille de route de cet homme simple et érudit est des plus impressionnantes, tant par la qualité que par la quantité des actions entreprises. Après avoir effectué une maîtrise et un doctorat en anthropologie à l'Université Havard, dans les années 1960, Pierre Maranda devient directeur de recherches au Laboratory of Social Relations de cette prestigieuse institution américaine. Il sera en même temps directeur d'études à l'École pratique des Hautes Études à Paris (1968-1969), et professeur d'anthropologie à l'University of British Columbia. En 1975, le chercheur transporte ses pénates à l'Université Laval, où l'attend un poste de professeur-chercheur au Département d'anthropologie.

La mémoire d'un monde
"J'ai choisi la voie de l'anthropologie parce que je voulais savoir comment vivaient les êtres humains, explique Pierre Maranda. Cette discipline permet de mettre en relation différentes façons de vivre et, surtout, de montrer qu'il existe d'autres vérités." En 1966, Pierre Maranda vivra une expérience fascinante qui lui fera découvrir la "vérité" d'un petit peuple du Pacifique sud, les Lau, une communauté de 6 000 personnes vivant retranchée du reste du monde, en Océanie. Au fil des ans, l'anthropologue deviendra d'ailleurs le principal dépositaire des traditions et de la culture lau, grâce à une recherche subventionnée par le National Institute of Mental Health des États-Unis et le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

"J'ai vécu un véritable choc culturel en arrivant chez ces gens, qui, de leur côté, n'avaient jamais vu d'homme blanc de leur vie, rapporte Pierre Maranda. Pour s'assurer que nous n'étions pas des esprits mais des hommes bien réels, ils nous pinçaient par derrière, guettant nos réactions. De même, ils nous touchaient la peau afin de voir si le blanc ne cachait pas du noir. Sans compter des codes sociaux différents: là-bas, le sourire est signe d'un embarras profond, pour ne citer que cet exemple. Tout cela m'a fait comprendre ce qu'être membre d'une culture étrangère signifiait."

Par ailleurs, l'anthropologue a été conquis par la douceur et l'aménité de ces gens qui vivent au présent sans se soucier du lendemain, dans une société fondée sur la tolérance et le respect des autres. Seule ombre au tableau: le tourisme envahissant et l'évangélisation sauvage risquent de noyer cette petite communauté "païenne" des Iles Salomon dans la mer de l'occidentalisation. Afin que la mémoire de ces insulaires d'un autre monde ne se perde à jamais, Pierre Maranda travaille actuellement à un ouvrage contenant la somme des savoirs qu'il a accumulés sur les Lau au cours des vingt dernières années. Avec plus de 600 pages rédigées, il considère n'en être encore qu'au début de sa tâche...

La soif de connaître
Parallèlement ce chantier, ce chercheur original et passionné a exploré des champs aussi diversifiés que l'intelligence artificielle, la cartographie sémantique, la sémiogénèse de la représentation collective, l'imaginaire artificiel. Son intérêt pour une intégration harmonieuse de l'analyse qualitative et et de l'analyse quantitative l'a amené à utiliser les outils fournis par l'informatique et par le structuralisme lévi-straussien pour l'analyse et la compréhension des mythes. Avec Pierre Maranda, l'analyse structurale n'est ainsi plus réservée aux mythes exotiques de populations lointaines, mais s'applique aussi parfaitement aux contes populaires et à l'imaginaire de n'importe quelle société.

Directeur du Département d'anthropologie de 1989 à 1992, Pierre Maranda a enseigné pendant plus de 20 ans. À ses étudiants, il a tenté d'inculquer ce qu'il appelle "la soif de connaître avec lucidité". "Il faut savoir prendre du recul par rapport à ce qu'on fait et au idées qu'on défend. C'est la seule façon d'acquérir une certaine sagesse." Lui-même n'a pas hésité à renouveller constamment le contenu de ses cours, essayant de présenter les problèmes de manière toujours plus efficace et adaptant continuellement son enseignement aux groupes. Bien qu'ayant pris sa retraite au printemps dernier, Pierre Maranda demeure associé au Département d'anthropologie où, parallèlement à son travail sur les Lau, il travaille à une "Encyclopédie culturelle hypermédia de l'Océanie", conjointement avec des chercheurs du monde entier.